Vers le zéro déchet, une révolution en marche?

J’avais envie de vous parler de ce sujet depuis un petit moment déjà. Le 23 décembre dernier, Ségolène Royal a dévoilé les territoires « zéro déchet, zéro gaspillage », retenus suite à un appel à projets et ma communauté de communes en fait partie. Depuis un an ce phénomène prend de l’ampleur en France.

Qu’est-ce que le zéro déchet?

Le principe du « zéro déchet » est de ne produire aucun déchet qui partira en décharge ou à l’incinération. Ce mouvement serait né en Californie dans les années 80. San Francisco s’est même engagé à devenir une ville « zéro déchet » en 2020. Ce mouvement est présent dans d’autres villes aux Etats-Unis mais aussi au Canada, en Europe (Italie, Espagne, Belgique) et jusqu’en Nouvelle-Zélande. En France, l’association Zero Waste France a pour but de faire connaître cette démarche.

Crédit : Waste Side Stories, sur la route du Zéro Déchet, Flore Berlingen, TEDx Toulouse 2014

Je vous parle de « zéro déchet » et de « zero waste » ? Est-ce la même chose? Pour moi, pas tout a fait. Dans le terme « zero waste », il y a en plus la notion de zéro gaspillage. Alors limiter ses déchets qui partent à l’incinération ou à la décharge, c’est bien mais ne pas gaspiller c’est mieux. L’objectif n’est pas, sous couvert de recyclabilité d’un produit, de consommer toujours autant. Il faut préserver les ressources et diminuer ses déchets non recyclables ET recyclables.

Il me revient en mémoire une discussion que j’avais eu à Noël en famille. Le sujet portait sur les emballages en carton. Ces derniers servaient à allumer le feu de la cheminée. La remarque était : « C’est bien ce que l’on fait car cela ne part pas à la poubelle. » Oui et non. Oui car il n’y a pas besoin d’allume feu, par exemple mais que deviennent ces emballages l’été? Le barbecue pourrait être une solution mais on ne l’utilise pas tous les jours. OK alors ces emballages partent au recyclage. Mais il faut de l’énergie pour les recycler, de l’énergie pour venir les ramasser à votre porte et les emmener à l’usine de tri. Tout çà pour vous que la vraie question qu’il faut se poser est : « A-t-on besoin de tous ces emballages? »

Réduisons vite nos déchets, çà déborde?

Vous vous souvenez sûrement des spots de pub de la campagne « Réduisons vite nos déchets, çà déborde ». En 2012, un ménage français produisait 475 kg/an/habitant de déchets (produits par les activités humaines et économiques). Imaginez que pour une famille de 2 personnes, vous jetiez l’équivalent en masse d’une voiture (une petite citadine) chaque année. Sur ces déchets, 61% sont recyclés, 33% mis en décharge et 6% soit incinérés ou valorisés énergétiquement. Une fois mis à la poubelle ou apportés en déchetterie, votre déchet ne disparaît pas automatiquement. Il vit. Dans le cadre de son travail, Mr Marmotte a un jour visité un incinérateur. Je me rappelle encore son odeur quand il est rentré, çà ne sentait pas la rose. Il est parti direct à la douche et ses vêtements au lavage. Cette expérience vous fait réfléchir à ce que vous mettez dans votre poubelle. Et si on réduisait vraiment nos déchets.

L’expérience de Bea Johnson

Bea Johnson est française mais vit aux Etats-Unis. Lassée par le mode de vie à l’américaine qui ne lui correspondait plus, elle décide de passer au « zéro déchet » en 2009. Elle fait part de son expérience dans un blog, Zero Waste Home puis dans un livre traduit en français en 2013. Pour 2014, ces déchets se résument à un bocal. Impressionnant! Pour y arriver, Béa Johnson met en pratique 5 règles* (à suivre dans cet ordre) :

REFUSER ce dont nous avons pas besoin

c’est-à-dire ne pas faire rentrer les déchets chez soi : refuser les articles à usage unique, les emballages, la pub de la boite aux lettres, les fameux cadeaux gratuits (d’ailleurs un cadeau par définition, ce n’est pas toujours gratuit?)

REDUIRE  ce dont nous avons besoin mais que nous ne pouvons pas refuser

Faire le tri dans ses placards, réduire ses emballages, acheter en vrac …

REUTILISER ce que nous consommons et que ne nous pouvons ni refuser, ni réduire

Réutiliser des contenants, adopter une lavette microfibre au lieu des lingettes jetables par exemple

RECYCLER ce que nous ne pouvons ni refuser, ni réduire et ni réutiliser

Le verre, les métaux, les piles, les ampoules, le papier et le carton

COMPOSTER le reste

*Ces 5 règles sont tirées du livre de Bea Johnson.

zero_dechet_bea_johnson

Maintenant, à nous, de les mettre en pratique! Chacun son rythme. Je vous parlerais bientôt de nos petites initiatives pour réduire nos déchets.

Le mode de vie « zéro déchet » en France et dans le monde

Une fois n’est pas coutume, je voudrais vous faire part des belles initiatives « zéro déchet » à travers le monde. Cette liste n’est pas exhaustive. Ils existent tellement  d’initiatives que je ne peux pas toutes les recenser.

Pour les anglophones :

Le « zéro déchet » déjà au cœur de le réflexion sur le devenir des déchets en 2003

J’ai découvert récemment et un peu par hasard, la revue Silence. Dans le numéro d’avril 2015, un article est consacré au recyclage et pose la question : « Faut-il recycler ses déchets? ». Les auteurs montrent que le recyclage est une fausse bonne solution. D’après un rapport de l’ADEME datant de 1997, le transport des déchets par camion représentent un tiers des tonnages. Recycler entraîne des trajets (en camion) donc de la pollution. Ce n’est pas neutre. L’incinération n’est pas une alternative puisqu’elle rejette des effluents et il reste les fameux REFIOM qu’il faut bien stocker quelque part et par conséquent les transporter. Vous voulez bien faire en recyclant. Vous avez étudié les différents logos de recyclage et peut-être la plaquette distribuée par votre mairie. Au lieu  de recycler ses déchets, évitons d’en produire. Pour cela, la revue Silence propose quelques pistes :

  • Refuser la surconsommation liée à la publicité
  • Combattre l’obsolescence programmée
  • Eviter (Interdire?) le jetable
  • Bannir le mélange de matières dans les objets pour faciliter le recyclage

C’est en feuilletant cette revue et son article du mois d’avril que j’ai découvert que cette même revue avait déjà consacré tout un dossier sur le recyclage des déchets … en 2003! Le numéro 295, téléchargeable gratuitement ici, proposait une réflexion intitulée « Du concept de déchet aux limites du recyclage ». Le dossier revient sur l’histoire des déchets, à travers le monde et le temps, le mythe de la production propre. La voiture en est un exemple : elle est certes de moins en moins polluante mais il y a de plus en plus. Il donne quelques exemples de politiques du « Zéro Déchet » menées dans différents pays. Enfin cet article propose des alternatives toujours d’actualité en 2015 : la réutilisation, la réparation, le partage, la mise en commun d’objets, le retour de la consigne, l’usage du cabas … Ce dossier date de 2003 mais je pense que peu de choses ont changé 12 ans après sauf l’augmentation de nos déchets. Oui, il y a des précurseurs qui avaient tout compris bien avant que je me soucie de mes déchets. Il faut faire connaître ses idées, les partager pour que le monde change comme le fait si bien Bea Johnson.

Pour finir, je voudrais citer une phrase de l’article qui résume ma démarche et ce blog :

Quoi qu’on en dise, nos actes du quotidien représentent un des outils les plus efficaces pour décroître, et les solutions, sont souvent à portée de main. C’est avec cette idée en tête qu’il nous faut partir à la (re)découverte de procédés, de systèmes D, d’astuces … limitant nos impacts sur l’écosphère. Jocelyn Perret

Connaissiez-vous cette démarche « zéro déchet »? Êtes-vous prêt(e) à vous lancer?

 

Pour aller plus loin : Zéro déchet, 100 astuces pour alléger sa vie, Bea Johnson, Les arènes, 2013, 17€. Disponible aussi en version poche.

Sources : Le Monde, Revue Silence; Zero Waste France;  Les politiques « zéro déchet » dans le monde utopie ou réalité, mai 2004; Appel à projets « territoires zéro gaspillage zéro déchet »

Pensez aux bibliothèques, aux boites à livres, à l’achat d’occasion ou au troc pour vous procurer ces livres. Les librairies indépendantes de votre région seront aussi de bons conseils pour l’achat de livres neufs.

Vous avez aimé cet article. Partagez-le!

12 réflexions au sujet de « Vers le zéro déchet, une révolution en marche? »

  1. Salycile

    Très intéressant ! Je ne connaissais pas la revue silence.
    Je n’avais pas réfléchis au fait que recycler produisait quand même pas mal de mauvaises choses, avec simplement les camions qui transportent nos déchets… Du coup oui, réduire en amont apparait comme être une solution.
    Déjà, je refuse tous les sacs plastiques. Ca surprend tout le temps, on me demande si je suis sûre, mais je tiens. J’ai rangé un peu mes poches l’autre chose, je ne pensais pas en avoir tant, alors ça suffit tout ça. Surtout que je dois en utiliser une ou deux maximum !

    Répondre
    1. la marmotte chuchote Auteur de l’article

      J’ai découvert la revue Silence à la médiathèque, un peu par hasard, alors que je ne trouvais pas la revue que je voulais feuilleter.
      Recycler n’est pas la solution miracle au problème des déchets. Recycler est parfois très compliqué pour les industriels lorsque des matériaux différents sont employés dans un même objet.
      C’est bien que tu refuses les sacs plastiques surtout qu’on peut les réutiliser de très nombreuses fois. Cà surprend encore car ce n’est pas rentré dans les habitudes. Alors il faut perséverer 😉

      Répondre
  2. gwen

    Merci pour cet article très intéressant.
    J’essaie de diminuer mes déchets depuis 1 an environ. La plupart sont des déchets compostables, donc je sais ce qu’il me reste à faire.
    Mardi dernier je suis allée déposée ma poubelle pour le ramassage (ce que je fais rarement), et là j’ai vu la taille des déchets de mes voisins. Je n’en reviens toujours pas. J’ai du en parler pendant 3 jours à mon compagnons. Alors notre poubelle n’est pas petite hein. Ce n’est pas parfait, mais quand même, je crois qu’on a fait un petit bout de chemin déjà et c’est chouette. Nous sommes végétaliens, donc je crois qu’il nous restera toujours quelques déchets (emballages de tofu, ect). On ne trouve pas ce genre de produits en vrac. Bon je me dis que leur production nécessite beaucoup moins de ressources que les produits animaux, donc dans un sens, c’est bien aussi.
    Mon commentaires est un peu décousu. J’ai découvert ton blog hier grâce à Natasha d’Echos Verts. J’ai commencé par regarder mon empreinte écologique et maintenant je veux trouver un moyen d’aller visiter l’Ecosse sans prendre l’avion! ^^

    Répondre
    1. la marmotte chuchote Auteur de l’article

      Bienvenue par ici Gwen.
      Chaque semaine, je vois aussi mes voisins sortir leur poubelle remplie à ras bord et je me demande s’il ne faudrait pas que je sorte la mienne 🙂 . Diminuer ses déchets demande surtout de revoir ses habitudes de consommation. Quand il n’y a pas de vrac disponible, je cherche le produit avec le moins d’emballages ou des grands formats (pour la farine, le sucre). Pour le tofu peut-être qu’un jour il sera possible d’en trouver à la coupe!
      Le train et le bateau peuvent être une alternative à l’avion.

      Répondre
  3. Ping : Sacs en vrac ... | La marmotte chuchote

  4. Ping : Où en est mon empreinte écologique? | La marmotte chuchote

  5. Ping : Le zéro déchet dans ma cuisine | La marmotte chuchote

  6. Ping : Minimalisme : quelques livres pour s'informer | La marmotte chuchote

  7. Ping : [Livre] Famille presque zéro déchet : Ze guide | La marmotte chuchote

  8. Ping : Mes dernières découvertes en vrac | La marmotte chuchote

  9. Ping : L'effet bocal, 1ère épicerie zéro déchet à Poitiers | La marmotte chuchote

  10. Ping : 10 bonnes résolutions pour 2017 | La marmotte chuchote

Envie de partager vos pensées! Laissez-moi un petit message.