Sacrée croissance! de Marie-Monique Robin

Après l’essai Bon pour la casse de Serge Latouche, je vous présente le dernier livre de Marie-Monique Robin Sacrée Croissance! dans le cadre de l’éco-défi « Découvrir des lectures engagées et inspirantes » du blog de Natasha Echos verts.

Journaliste et documentariste, Marie-Monique Robin parcourt depuis plus de 20 ans la planète pour nous témoigner de la destruction de la nature, des méfaits de l’agrobusiness notamment. Auteure de Le Monde selon Monsanto (2008) racontant comment l’entreprise américaine a pu imposer ses produits toxiques à travers le monde et de Notre Poison Quotidien (2011) sur les perturbateurs endocriniens dans notre alimentation, elle aborde ses nouveaux sujets d’investigation avec un angle un peu plus optimiste. Dans son avant-dernier livre Les moissons du futur (2012), elle montre comment l’agroécologie peut nourrir le monde en respectant la nature et les êtres humains.

Dans Sacrée Croissance!, Marie-Monique Robin a choisi une forme narrative particulière, l’uchronie. Une uchronie est un récit fictif permettant d’imaginer des faits tels qu’ils auraient pu se produire si un événement passé avait eu une autre issue. Ainsi, le livre débute le 15 juin 2034. Marie-Monique Robin s’apprête à s’envoler pour Thimphou, la capitale du Bhoutan, où se déroulera la conférence Thimphou + 20, organisée par la fédération internationale des transitionneurs.sacree_croissance

Que s’est-il passé entre 2014 et 2034?

Le 14 avril 2014, le cinquième rapport du GIEC est publié. Ce rapport révèle que le taux de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère est le plus élevé depuis 800 000 ans. Les conséquences seront nombreuses : inondations, sécheresses, cyclones … entraînant  des pertes humaines, des dégâts matériels, une baisse de la production alimentaire. Au lieu de la relative indifférence dans laquelle est paru ce rapport, Marie-Monique Robin imagine « comment les humains auraient réussi à éviter l’effondrement grâce à un sursaut collectif survenu le 14 avril 2014, au lendemain de la publication du 5ème rapport du GIEC » . Les dirigeants politiques, sous l’égide de l’ONU, prennent conscience de l’ampleur du problème et organisent une conférence à Thimphou le 15 juin 2014 pour mettre en œuvre la « Grande Transition (GT) vers une société post-croissance » . Ils décident de se retrouver du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris pour « dresser un bilan des dispositifs mis en place pour lancer la Grande Transition et établir une feuille de route internationale pour l’élimination des émissions mondiales de gaz à effet de serre avant la fin du XXIème siècle » .

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Source : By Howellboy (Own work) [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons

A travers trois grandes parties, Marie-Monique Robin revient sur l’idéologie de la croissance économique, l’épuisement des ressources et les solutions concrètes mises en œuvre au quatre coins du monde pour appliquer la transition.

La grande idéologie ou l’addiction à la croissance

Interrogeant des sociologues et des économistes, Marie-Monique Robin retrace l’histoire de l’économie et des théories économiques, des physiocrates à Milton Friedmann, en passant par Adam Smith, David Ricardo ou John Stuart Mills.

« Celui qui pense qu’une croissance exponentielle infini est possible dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste » Kenneth Boulding, économiste (p 32)

Dès 1972, Dennis Meadows et ces coauteurs ont dénoncé dans leur rapport The Limits to Growth (Halte à la croissance?) les limites physiques de la planète. Les économistes libéraux dénoncent ce rapport et la fuite en avant a continué conduisant au grand gâchis.

Le grand gâchis ou l’épuisement des ressources

Dans la deuxième partie du livre, Marie-Monique Robin décrit comment le pétrole est devenu le moteur de la croissance économique. Mais ce dernier, comme le gaz ou les minerais sont des ressources finies et « les progrès technologiques ne sauveront pas la croissance » . Plusieurs solutions s’offrent à nous :

« Il faut manger moins de viande. […] Il faut limiter l’usage de la voiture et les transports en avion. […] Il faut isoler sa maison et passer à une énergie propre. » Juliet Shor, économiste (p 146)

Si rien n’est fait, l’auteure redoutent l’effondrement de la civilisation comme ce qui s’est passé précédemment pour les Mayas ou les habitants de l’île de Pâques. Mais tout espoir n’est pas perdu, les solutions existent déjà.sacree_croissance_1

La grande transition et les « lanceurs d’avenir »

Dans cette troisième partie, Marie-Monique Robin raconte les initiatives concrètes, mises en place aujourd’hui, au nord comme au sud dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, de la monnaie ou la mise en place au Bhoutan du Bonheur National Brut. A Rosario en Argentine, l’agriculture urbaine a permis à Ida et Damián de ne pas mourir de faim au début des années 2000. En 2013, l’île de Samsø (Danemark) est devenu autosuffisante grâce aux énergies renouvelables. Les monnaies locales, comme le palmas (Brésil) ou le chiemgauer (Allemagne), sont des outils efficaces pour redonner sa fonction première à l’argent : faciliter les échanges.

Dans ce livre dense et très bien documenté de 300 pages, Marie-Monique Robin retrace les dérives de la société de croissance ayant conduit à l’épuisement des ressources et la dégradation de notre environnement. Relocaliser la nourriture, consommer moins à partir d’énergies renouvelables, le développement des monnaies locales sont des solutions concrètes déjà mises en place dans certaines parties du monde. Le choix du récit et les notes positives et optimistes nous prouvent qu’une autre société est possible. Ce livre, véritable bouffée d’oxygène, permet de voir un avenir meilleur quand la radio, la télévision ou les journaux nous montrent les pollutions, la déforestation, l’augmentation des gaz à effet de serre … Sacrée croissance! m’a montré que les alternatives sont à la portée de chacun de nous. Ce livre me permet de me remonter le moral dans mes périodes de doute et de continuer à limiter mon impact sur mon environnement.

Hier, Clémentine du blog Clémentine la Mandarine vous a présenté deux livres pour enfants. Demain, Natasha nous présentera un nouveau livre engagé et inspirant sur le blog Echos Verts.

Avez-vous lu d’autres livres de Marie-Monique Robin?

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6 réflexions au sujet de « Sacrée croissance! de Marie-Monique Robin »

  1. Emilie

    J’aime bien les uchronies, je trouve ça sympathique à lire, ça nous fait souvent questionner plein d’éléments 🙂
    C’est intéressant comme approche, et comme tu le dis, cela doit-être positif à lire.
    Je suis curieuse de savoir ce qu’elle suggère comme mesures.
    Dans la lignée des rapports avec des suggestions, j’ai découvert celui de Jeffrey Sachs via ce documentaire d’Arte qui est très intéressant (et critiquable !) : http://www.arte.tv/guide/fr/053437-000-A/climat-pour-quelques-degres-de-moins?autoplay=1
    Mais bon, il a au moins le mérite d’exister !

    Répondre
    1. la marmotte chuchote Auteur de l’article

      Marie-Monique Robin évoque Jeffrey Sachs dans Les moissons du futur. Je ne crois pas qu’il faut se limiter au documentaire d’Arte sur le changement climatique. C’est un point de vue mais en le regardant j’ai été dubitative sur plusieurs points.

      Répondre
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