Faut-il boycotter les parcs aquatiques?

Aujourd’hui, un post qui sort un peu de l’ordinaire. Suite à l’article sur le livre Manifeste pour les animaux de Franz-Olivier Giesbert publié sur le blog Echos Verts, j’avais envie de vous parler des orques dans les parcs aquatiques. Tout d’abord revenons à la genèse de cet article.

Les éco-défis d’Echos Verts

Chaque mois, Natasha relève un éco-défi. Je vous laisse découvrir le principe sur son site. Le thème du mois de mars est Apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux. Pour ceux qui me connaissent, je ne suis pas a priori une amoureuse des bêtes. Je pensais moi-même ne rien avoir à dire de concret sur ce sujet mais je me trompais. Suite à un commentaire sur les animaux de cirque, je me rappelais le documentaire Blackfish que j’avais vu à la télé l’été dernier. Certes, cet éco-défi est le premier pour lequel je me suis inscrite mais je me lance sur un sujet qui, pour moi, peut être polémique : la défense des animaux.

Blackfish ou la réalité des orques en captivité

Blackfish (ou L’orque tueuse pour la France) est un documentaire de l’américaine Gabriela Cowperthwaite datant de 2013. Ce documentaire raconte l’histoire de Tilikum, une orque qui a tué sa dresseuse, Dawn Brancheau, dans un parc aquatique de Floride. A travers différents témoignages, le parcours de Tilikum est retracé de sa capture au large de l’Islande en 1983 à l’attaque mortelle de 2010. On découvre les conditions de vie de cette orque dans un bassin trop petit, les attaques qu’elle subit de la part de ses congénères. On apprend également que Tilikum n’a pas fait une seule victime mais trois au total. Ce documentaire révèle également l’aspect lucratif des orques dans les parcs aquatiques qui sont l’attraction phare pour laquelle le public se déplace. De plus, Blackfish nous éclaire sur la gestion de ces parcs par une direction qui ne voit que la rentabilité financière et leur réputation. Suite au documentaire et aux protestations du public, le chiffre d’affaires du parc aquatique a baissé de 5% au cours du premier semestre 2014.

Source : Loadmaster- David R. Tribble (CC - BY-SA 3.0)

Source : Loadmaster- David R. Tribble (CC – BY-SA 3.0)

Les orques en liberté

Les parcs aquatiques, par leur communication, ont fait circuler des idées fausses sur la vie des orques. Dans la nature, les orques peuvent être centenaires. Granny, 103 ans, peut vous le prouver. En captivité, l’espérance de vie des orques est d’environ 20 ans, soit 5 fois moins longtemps. Elles vivent dans toutes les mers du monde de l’équateur au cercle polaire. Ce sont des animaux sociaux, qui vivent en groupe très soudés (une fille peut rester tout sa vie avec sa mère par exemple). Les différents groupes ont chacun leurs dialectes, leurs proies sont différentes … Il existe aussi des différences au niveau morphologique d’un groupe à l’autre. Dans les parcs aquatiques, des animaux de différents groupes sont mélangés ce qui va à l’encontre de leur mode de vie. Enfin, par jour, une orque peut parcourir plus de 100 kilomètres. La taille des bassins dans les parcs aquatiques ne peut pas, bien entendu, recréer les conditions de vie dans la nature.

Robert Pittman - NOAA (Public domain)

Source : Robert Pittman – NOAA (Public domain)

Peut-on rendre leur liberté aux orques en captivité?

L’exemple de Keiko, l’orque vedette des films « Sauvez Willy », est un bon exemple. Suite à la mobilisation du public, une tentative de remise en liberté de Keiko a été tenté. Après un passage en Oregon, Keiko a été transporté au large de l’Islande. Un enclos est spécialement aménagé dans une baie. Vivant depuis 20 ans au milieu des hommes, Keiko doit tout réapprendre. Suivi par des soigneurs, il n’arrive pas à renouer des liens avec des orques en liberté. Finalement, Keiko décède en 2003 à l’âge de 27 ans sans avoir retrouvé la liberté. La remise en liberté semble ne pas être aussi évident que cela malgré les énormes dépenses engagées.

Source : Ezra S F (CC BY 2.0)

Source : Ezra S F (CC BY 2.0)

Quelles solutions sont possibles?

Après la diffusion du documentaire et aux critiques qui ont suivies, Seaworld a proposé d’agrandir la taille de ses bassins. La réalisatrice Gabriela Cowperthwaite reste sceptique suite à ces annonces.

En 2014, Richard Bloom, un homme politique américaine a fait une proposition de loi interdisant la capture, la reproduction et la captivité des orques destinés aux spectacles des parcs aquatiques.

Enfin Christophe Guinet, directeur de recherche au Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC du CNRS), dans une interview au Monde propose de « maintenir ces animaux en captivité […] [dans des] conditions, et pas forcément des orques mais de tous les animaux marins […] de semi-captivité : des enclos dans la mer ou dans des baies, à conditions de trouver des milieux adaptés notamment en termes de température de l’eau, où l’on maintiendrait des groupes sociaux, mais qui dépendraient de l’homme pour leur alimentation. »

Et moi dans tout çà?

J’avoue : je suis allée dans le parc aquatique du sud-est de la France quand j’étais petite. J’étais fascinée par ces géants qui faisaient des grands « splashs » pour arroser le public. En même temps, je ne comprenais pas pourquoi la nageoire dorsale de l’orque était toute affaissée. Depuis, j’ai vu des documentaires sur les orques, sur leurs techniques de chasse. Après avoir vu ces documentaires et notamment Blackfish, mon point de vue a changé sur ces derniers. Ce n’est plus aussi fascinant. Mais des questions sont apparues.

Dois-je me contenter de voir des animaux emblématiques (orques, dauphins, baleines, éléphants, tigres, lions …) dans des documentaires à la télé ou sur des photos de glacés? Les parcs aquatiques, les zoos ne sont-t-ils pas utiles pour présenter des animaux à un public qui ne les verrait jamais « en vrai »? N’est-ce pas un moyen de créer une empathie avec les visiteurs de ces parcs afin qu’ils se sentent impliqués dans la protection de ces animaux? Dois-je participer à un safari ou une sortie en mer pour observer lions et baleines en libertés? Mais combien de 4×4 ou bateaux font la même chose par jour et ne dérange-t-on pas les animaux?

Source : Gabe Lerner (CC BY-SA 2.0)

Source : Gabe Lerner (CC BY-SA 2.0)

Pour moi toutes ces questions restent en suspens. Finalement, cette envie de voir des « animaux sauvages » est peut-être un caprice. La nature autour de chez moi pourrait être tout aussi riche et aussi spectaculaire. Il suffirait de la (re)-découvrir.

Sources : Le monde, Réseau cétacés

Pour aller plus loin : Bilan 2009 des orques en captivité de Réseau cétacés

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