Oups! J’ai rencontré un climatosceptique, c’est grave?

Bien avant le début de la COP21 de Paris, les climato-sceptiques sont de retour, avec plus ou moins de réussite. Ils sont partout, ils publient des livres ou interviennent dans des institutions aussi prestigieuse que l’académie des sciences. Leur credo favori : l’être humain n’est pas responsable du changement climatique. Et moi, en mars dernier, j’ai rencontré mon climato-sceptique à l’occasion d’une conférence. Mal à l’aise pendant et après l’exposé, je ne suis pas intervenue faute d’arguments. Sortie frustrée et un peu énervée, j’ai essayé de comprendre si le discours n’était pas un peu faussé. Après quelques mois de recherche, je vous livre, aujourd’hui, un petit guide de survie pour contrer les climato-sceptiques.

Ne pas confondre météo et climat

J’aurais dû me méfier. La personne qui présentait l’intervenant a allègrement confondu météo et climat. Ce n’est pas parce qu’une journée est particulièrement froide que l’on peut conclure qu’il n’y a pas réchauffement climatique. La météorologie s’intéresse aux phénomènes atmosphériques locaux et sur des temps très courts. Le climat est une étude à plus long terme sur une zone géographique donnée. Il est défini à partir d’une moyenne des températures, et de quantité de pluies entre autres. En plus de l’atmosphère, l’étude du climat prend en compte les océans, les continents et de nombreux autres facteurs. Dans la vidéo ci-dessous, Jérôme Chappellaz, glaciologue et directeur de recherche au CNRS vous explique la différence entre météo et climat.

Source : Wild-Touch.org. La vidéo a été réalisée dans le cadre du film La glace et le Ciel.

Les critiques sur le GIEC

Le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, (IPPC en anglais), cristallise toutes les critiques des climato-sceptiques. Crée en 1988 sous l’égide de l’ONU, il regroupe plusieurs milliers de scientifiques. « Il a pour mission d’examiner et d’évaluer la littérature scientifique, technique et socio-économique la plus récente publiée dans le monde et utile à la compréhension des changements climatiques. Il n’est pas chargé de conduire des travaux de recherche, ni de suivre l’évolution des données ou paramètres climatologiques. » En effet, le GIEC ne fait pas de recherches puisque ce n’est pas dans ce but qu’il a été crée. Cependant, il n’est pas inactif et il a déjà publié 5 rapports, sur les changements climatiques, le dernier en 2014. En parallèle, il publie un résumé à l’attention des décideurs. Vous pouvez retrouver sur le site du GIEC tous les rapports, les procédures du choix des auteurs et des documents étudiés, les politiques  en matière de conflits d’intérêts … Enfin, ce travail est totalement bénévole.

L’épisode le plus connu de l’attaque des climato-sceptiques envers le GIEC est le « climategate » en 2009. A la veille de l’ouverture de la conférence climat de Copenhague, des milliers de mails sont dérobés. Des phrases sorties de leur contexte attisent les critiques dans la blogosphère envers l’institution ce qui aura pour conséquence de décrédibiliser les climatologues. Plusieurs enquêtes menées après coup ont conclu à l’honnêteté des scientifiques mais le mal était fait. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter cet article du Monde qui revient sur cette manipulation.

La relation entre dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et température

Même si je n’ai jamais su si le conférencier critiquait ou non le GIEC, il a ouvertement remis en cause la courbe ci-dessous.co2_ch4_800000

Crédits : Université de Berne, LGGE

Cette courbe représente l’évolution du dioxyde de carbone (en ppm, courbe bleue), du méthane (en ppb, courbe verte) et de la température en Antarctique (anomalie de température en °C, courbe rouge) au cours des 800 000 dernières années. Toutes ces données sont issues de carottes de glace. Vous pouvez retrouver des informations complémentaires sur le site du CNRS. Tout comme moi, vous voyez que l’évolution de la concentration en gaz à effet de serre (CO2 et CH4) et de la température sont assez similaires. En revanche, il est difficile de dire si l’augmentation de la température précède ou suit l’augmentation du CO2 et du méthane. Est-ce une simple corrélation ou existe-t-il un lien de cause à effet? Si vous n’êtes pas familier ce terme, je vous invite à découvrir un article de Courrier International sur les corrélations de l’absurde.

C’est à ce moment que j’ai commencé à m’interroger sur une tendance climato-sceptique de mon interlocuteur. Premièrement, j’ai eu du mal à retrouver cette courbe. Lors de la conférence, aucune mention de l’origine du graphique, ce qui est problématique pour moi. Est-ce un oubli ou est-ce une information non pertinente dans une conférence grand public? Je ne saurais jamais. Lors des questions, une personne s’est demandé comment on pouvait accéder à la concentration en gaz à effet de serre de ces carottes. Et là, grand silence, l’orateur ne savait pas. Montrer des courbes et ne pas savoir comment elles sont obtenues, ce n’est pas très professionnel. Je lui conseille donc de visionner le film La Glace et le Ciel, qui détaille les expéditions en Antarctique de Claude Lorius et la genèse de ces courbes. Si vous n’avez pas vu ce film, vous pouvez retrouver dans deux petites vidéos comment sont collecter les carottes de glaces et leurs analyses.

Maintenant revenons à notre courbe parce que moi, je voulais en savoir plus. Le taux de CO2 a toujours varié mais peut-on pour autant comparer les climats du passé au climat actuel? Frédéric Parrenin d’une part, Isabelle Gouttevin et Georg Teiser d’autre part, tous trois chercheurs à l’université de Grenoble montrent que la variation actuelle de la température et de la concentration en CO2 ont une origine, une chronologie et des proportions différentes que celles des climats passés. Cependant, l’étude des climats passés permet de comprendre les climats futurs, notamment à travers les modèles climatiques. S’il existe un lien étroit entre CO2 et température, cette courbe ne remet pas en cause l’origine anthropique du réchauffement climatique actuel. D’ailleurs, dans le rapport du GIEC de 2007, les simulations climatiques montrent que l’augmentation de la température mondiale moyenne n’est pas d’origine naturelle mais d’origine humaine.

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Variations de la température mondiale moyenne (observée et simulée) à la surface de la terre par rapport à la période 1901–1950 avec ou sans influence humaine, IPPC 2007.

La courbe noire représente les températures observées. Les courbes rouge et bleue représentent la moyenne des températures simulées en prenant en compte ou non l’influence humaine. La figure b indique clairement une stagnation voire un refroidissement de la terre si l’on ne tient compte que des phénomènes naturels (soleil, volcanisme,…). En prenant en compte le dioxyde de carbone rejeté depuis deux siècles dans l’atmosphère, la simulation des températures (courbe rouge) suit la même tendance que les températures observées. A partir de ce schéma, il est très difficile de remettre en cause l’origine anthropique du réchauffement climatique actuel.

Démonter les mythes climatiques

Depuis cette conférence, j’ai entendu et lu d’autres contre-vérités sur le changement climatique. Je n’ai bien évidemment pas le temps d’aborder tous les mythes climatiques dans cette article. Je vous propose donc une sélection de sites internet, en français et en anglais, pour contrer les idées climato-sceptiques.

  • le site le climat en questions, crée par l’institut Pierre-Simon Laplace. Il donne la parole aux chercheurs qui répondent aux questions sur l’évolution, le fonctionnement du climat, entre autres. Deux niveaux réponses sont proposés, un niveau élémentaire et un niveau avancé.
  • le site le climat change, proposé par le Réseau Action Climat France. Il réfute « les arguments climato-sceptiques […] en quelques mots puis en quelques lignes ». Sur ce site, vous pouvez trouvez un résumé des principaux points développés dans le 5ème rapport du GIEC.
  • le site Manicore de Jean-Marc Jancovici. Le site est très complet, très documenté et parfois assez technique.
  • Une foire aux questions éditée par le GIEC. Les réponses et graphiques sont tirés de leurs rapports.
  • Une série sur les hoax climatiques par Stéphane Foucart, journaliste au Monde. Dans son dernier article, il montre notamment que « l’optimum médiéval » et le petit âge glaciaire sont des événements localisés à l’hémisphère Nord.
  • Le site Skeptical Science, en anglais, recense plus d’une centaine de « climate myths » Seulement une dizaine est traduit en français.
  • La video de Data Gueule sur les climato-sceptiques
  • Les vidéos (en anglais) Climate change : Lines of evidence diffusées par The National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine.

Avez-vous des arguments à opposer aux climato-sceptiques?

Sources complémentaires utilisées dans l’article:  MOOC Climate change : The science, MOOC Causes et enjeux du changement climatique

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2 réflexions au sujet de « Oups! J’ai rencontré un climatosceptique, c’est grave? »

  1. Greener Daddy

    Je viens de voir passer une article de GreenPeace indiquant comment ils avaient réussi à montrer que toutes ces preuves « scientifiques » étaient facile à « financer » par des lobbys du pétrole ou autres … En conclusion, savoir rester critiques et informés

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    1. la marmotte chuchote Auteur de l’article

      Ce qu’a montré Greenpeace est vrai dans de nombreux domaines malheureusement… Trouver de bonnes sources d’informations est donc important.

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