A la découverte des plantes sauvages de Poitiers

On les nomme bien souvent « mauvaises herbes » mais ces plantes sauvages ont beaucoup à nous apprendre si on cherche un peu à les connaître. Aujourd’hui, on part à la rencontre des sauvages de Poitiers en compagnie de Norb du blog Sauvages du Poitou.

Norb a eu la gentillesse de me faire découvrir ces plantes mal-aimées dont on ignore souvent le nom lors d’une balade à deux pas du centre-ville. Poitiers est une ville très verte et compte de nombreux jardins et parcs naturels urbains,. Inutile d’aller très loin, je ferai de belles découvertes à deux pas de chez moi.

J’ai donc rendez-vous, un matin de juin, au parc de Blossac, jardin à la française où la nature a été domestiquée par l’être humain. Si depuis quelques années, la municipalité gère ces espaces de manière différenciée (en laissant des espaces non tondus, par exemple), ce n’est pas ici que nous trouverons les plantes sauvages. Nous quittons donc le parc, direction le chemin de la Cagoullière.

A peine quelques pas que l’on s’arrête déjà pour observer la valériane rouge, nommée aussi centranthe rouge. Une même plante et plusieurs noms, çà va être difficile de m’y retrouver. Norb m’explique que les botanistes utilisent le nom latin, Centranthus ruber ce qui évite les confusions. N’ayez crainte, par la suite, on oublie le latin, le but étant de découvrir la diversité des plantes sauvages de Poitiers.

La valériane rouge était à l’origine une plante d’ornement dans les jardins mais elle s’est échappée et colonise aujourd’hui les milieux secs et pauvres. Étant très mellifère, c’est l’amie des abeilles et des papillons. Juste à côté, je découvre la pariétaire de Judée. Elle appartient à la même famille que les orties. Elle est donc comestible et son goût est plus fade que l’ortie mais ne pique pas.

Donc certaines plantes sauvages des villes sont comestibles pour les humains comme pour les insectes à l’instar du pissenlit, qui peut nourrir jusqu’à une centaine d’espèces d’insectes différentes. Le pissenlit fait partie de la famille des Asteracées. Dans cette famille, ce que nous appelons la fleur est en fait composée de plusieurs petites fleurs nommées fleurons. Ces fleuronsse sont regroupés pour former en quelque sorte un gros bouquet que nous appelons injustement fleur (en réalité capitule).

On a tendance souvent à appeler pissenlit toutes les fleurs jaunes à pétales très fins, m’explique Norb. Par exemple, le picride épervière fait partie de la famille de pissenlits mais sa forme est un peu différente.

Coté comestible, j’apprends que le plantain lancéolé à un goût de champignons et j’en ai plein mon jardin. Cependant, je ne vais pas me lancer dans la cueillette sauvage sans être accompagnée. Pour l’apprentie botaniste que je suis, certaines plantes se ressemblent (l’exemple des pissenlits) et il est parfois difficile de reconnaître la même plante quand elle pousse dans un milieu sec ou plus humide. Son aspect est parfois différent.

En poursuivant notre ballade, Norb me montre une sauge à feuilles de verveine et un origan sauvage. Je connaissais la sauge et l’origan vendues en jardinerie mais pas leur version sauvage et je ne savais pas que l’on pouvait les trouver à Poitiers. Cependant, pour l’origan sauvage, son goût est si subtil qu’il est détruit par une cuisson trop violente. Je découvre aussi la laitue scariole, l’ancêtre de nos laitues mais très très amère. Surnommée aussi laitue boussole, elle oriente ses feuilles sur un plan nord-sud afin de limiter son exposition au soleil. Pas sûr que je retrouverai mon chemin en l’observant. Pour finir avec les comestibles, je pourrai ramasser les graines du gaillet grateron, qui une fois torréfiées, donnent un substitut de café. Cette sauvage a aussi une stratégie pour trouver la lumière et disséminer ses graines. Elle se  colle à ce qui l’entoure (plantes, animaux, vêtements) grâce à de minuscules crochets. La petite bardane opte pour une technique similaire. C’est en observant les fruits accrochés au pelage de son chien que l’ingénieur suisse de Mestral aurait eu l’idée du velcro.

Certaines plantes sauvages ont aussi des vertus médicinales comme le millepertuis perforé. Il est dit perforé car en regardant en transparence sa feuille, elle est piquetée. En réalité, ce sont de minuscules capsules refermant les principes actifs utilisés comme anti-dépresseur. On peut aussi citer la chelidoine ou herbe à verrues. Son latex corrosif soignerait les verrues chez certains. A l’inverse, certaines plantes sont toxiques comme la rue fétide. Elle était utilisé pour ses propriétés abortives mais est parfois mortelle. C’est une plante rare et protégée dans certaines régions. En revanche, la renouée du Japon est une plante invasive qui aime les sols polluées. Une fois installée, il est quasiment impossible de s’en débarrasser.

Certaines plantes peuvent être des indicateurs de la pollution, La rue des murailles est une fougère sensible à la pollution de l’air. Plus elle est présente, meilleure est l’air que vous respirez. Scientifiquement ce sont les lichens qui sont utilisés pour surveiller la qualité de l’air.

J’ai croisé deux autres fougères lors de ma ballade : la capillaire des murailles et la fougère scolopendre. Si j’ai pu observer 3 représentants de la famille des fougères, il existerait 5 à 6 variétés de géraniums à Poitiers dont le géranium herbe-à-Robert (à ne pas confondre avec nos pélargoniums de nos bords de fenêtres).

Pour finir, je voudrais évoquer deux familles plantes observées en fin de ballade : les orchidées  et les orobanches. Je suis passée de nombreuses fois sur le boulevard sous Blossac sans m’imaginer qu’une  orchidée y poussait, l’orchis-bouc. Enfin, la plante la plus bizarre de cette ballade est l’orobanche : une plante parasitaire sans chlorophylle. Une vraie découverte.

En deux heures de ballade et sur environ 2 kms, j’ai découvert une trentaine de sauvages. Certaines sont présentes dans mon jardin comme les pissenlits et assimilés, la laitue scariole, le trèfle blanc (que je ne devrais pas tondre car il est très utile pour les butineurs), la chélidoine, le plantain lancéolé ou la bryone dioïque. Certaines sont comestibles, d’autres toxiques mais toutes font partie d’un petit monde où cohabitent différentes espèces d’insectes.

Cette ballade m’a ouvert les yeux sur la diversité de plantes sauvages en ville, de leur utilité et de leur nécessaire protection. Je regarderai certainement les « mauvaises herbes » de mon jardin différemment et j’apprendrai à les connaître.

Si vous voulez approfondir vos connaissances en botanique, je vous conseille le site Sauvages du Poitou de Norb. Je le remercie chaleureusement pour sa disponibilité, ses explications, ses anecdotes et son dessin pour les lecteurs de La Marmotte Chuchote.

Imaginiez-vous une telle diversité de plantes sauvages en ville?

Connaissez-vous le nom des plantes sauvages qui vous entourent et toutes leurs particularités?

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